Au fil des roues, au gré des pas...

Au fil des roues, au gré des pas...

Ascension du Mont Viso (3841 m) et autres friandises...

Les 10, 11 et 12 août 2011, une fenêtre météo s'ouvre enfin après de longs épisodes maussades !

Dans les starting-blocks depuis déjà de nombreux jours, je décide d'aller poser mes semelles du côté du Piémont italien.

 

Ce sera le début d'un périple inoubliable !!

 

 

Alors, par où commencer ??

Peut-être par dire que cette randonnée restera l'une des plus belles que j'ai faites (et Dieu sait si j'en ai parcouru des sentiers de montagne ces 30 dernières années !!) !

Comme prévu, je suis donc parti le mardi 09 août, vers 12h, de chez moi; 3 heures plus tard, j'étais en Val d'Allos pour laisser une bonne partie de mes affaires chez joli papa et jolie maman (y compris mon VTT bien sûr !!).
D'Allos, départ pour Castello, atteint après 3 longs cols (Allos/Vars/Agnel) et 3 heures de route de plus (pour ne faire que 140 km) !!!
J'arrivai donc dans le Val Varaïta pour 18 heures 30 et stationnait ma voiture pour ne la retrouver que 4 jours plus tard...
Jetant mon pesant sac à dos sur mes épaules (17kg !!), j'ai pris la direction du Vallon de Vallante pour m'enfoncer dans les terres magiques qui bordent le Viso.

 

 

Première surprise, le sentier qui remonte le Vallon de Vallante ne fait aucune épingle: C'est "Dré dans l'pentu !!" Et la pente, il y en a !!
Bref, il est 20h30 quand j'aborde une clairière dans le Bois de l'Alevé (une des plus grande cembraies d'Europe - une cembraie, c'est une forêt de pins cembro qu'on appelle aussi Arolle dans le Queyras, par exemple !). J'y dresse mon premier campement, en bordure d'un petit torrent bondissant.

 

 

Je passerai là une nuit glaciale et au petit matin, j'aurai la surprise de voir une belle couche de gelée blanche tout partout; pourtant, je suis tout juste à 2000m d'altitude...
Un café brûlant et je repars en direction du haut Vallon de Giargiattes pour rejoindre 2 heures plus tard les premiers rayons du soleil et le bivouac Bertoglio peint aux belles couleurs occitanes...

 

 

Là, d'après la carte italienne que j'ai entre les mains et selon la signalétique très visuelle des sentiers italiens, je n'ai qu'à suivre le balisage jaune (c'est la couleur de tous les balisages autour du Viso, ça n'aide pas à faire des choix !!!) pour passer le Passo Meano et basculer rapidement dans le Vallon des Forciollines...
Me voilà donc en route au travers d'un océan de bloc de gneiss et de granit, cherchant, tel le Petit Poucet, les jolies traces jaunes laissées ça et là de blocs en blocs... Toutefois, une chose m'étonne: Le Passo Méano s'éloigne sur ma gauche tandis que je me dirige tout droit vers un grand couloir d'éboulis très raide...

 

 

Pourtant, le balisage est formel et je n'ai pas vu le moindre carrefour de sentiers...
Finalement, vu que c'est au pied du mur qu'on voit le mieux le mur, je commence à m'élever tant bien que mal dans ce gigantesque couloir de quelques 250m de haut, puisque les traces jaunes y mènent aussi... Mais au plus je monte, au plus la granulométrie de l'éboulis se fait fine et au plus la pente se redresse. Je me retrouve à devoir grimper dans un couloir à 35/40°, avec sous les pieds une semoule complètement instable et mon sac est terriblement lourd...
Finalement, je choisis de m'élever en grimpant carrément sur les bords rocheux du couloir, seule solution pour espérer avancer quelque peu dans cet entonnoir mouvant. il me faudra deux heures pour sortir de ce couloir, deux heures d'efforts violents et de débauche d'énergie.
Et arrivé en haut du couloir, je m'attends tout naturellement à voir les lacs des Forciolline devant moi (puisque je suis, selon moi, au Passo Meano) mais pourtant, il n'en est rien !!!! Ma vue ne porte que vers l'est, vers l'immense plaine du Pô et ça, ce n'est pas normal !!!!!

 

 

Le souffle court, j'essaie de comprendre, quand je vois soudain, écrit avec la sempiternelle peinture jaune, les mots "Passo Fiorio e Ratti" sur un gros bloc rocheux au débouché du couloir... Je prends vite ma carte et me rends compte, consterné, que je suis à plus de deux kilomètres à l'est du Passo meano !! Mais que suis-je venu faire ici ??? !!!
Je commence à m'interroger sur la suite de l'itinéraire quand j'aperçois derrière moi que les traces jaunes montent à l'assaut d'une belle muraille rocheuse !!

 

 

Bon, ça ne pourra faire qu'un bon entraînement pour le sommet du Viso, ce genre d'itinéraire aérien et rocheux !! Il y a même un câble tout pourri dont je préfère ne pas me servir !
J'adore grimper mais je dois avouer que se promener là-dedans avec un sac de 17 kg, c'est un peu perturbant !
Finalement, le terrain s'améliore et je me retrouve à arpenter un haut plateau granitique qui se termine à un nouveau col...
Et lorsque j'aborde enfin celui-ci, c'est toute la face sud du Viso qui m'explose au visage, immense, puissante, toute de neige et de roche, laissant apparaître de ci de là de minuscules silhouettes que je devine être des alpinistes à l'assaut de la voie normale... Je suis donc au Colletto Dante, l'un des tout meilleur point de vue sur la voie d'ascension du Viso !
Et je constate avec un peu d'inquiétude qu'il y a encore beaucoup de neige sur cette fameuse voie, ce qui la rendra forcément un peu plus difficile que d'habitude...

 

 

A ma droite s'élève la Punta Michelis, à 3154m. Je décide de grimper tout là-haut. L'ascension n'est pas difficile mais la prudence s'impose. Du sommet, je découvre un fantastique panorama qui s'étire du Grand Paradis, au nord jusqu'aux massifs du Gélas et de l'Argentera au sud. Entre les deux, c'est le Cervin, le Mont-Rose, tout l'arc alpin jusqu'en Slovénie qui s'ouvre vers l'est. Plus au sud, ce sont les Appenins septentrionaux qui barrent l'horizon... Et l'Italie du nord, morne plaine, s'étale à mes pieds...

 

 

je quitte la Punta Michelis pour grimper le sommet qui se trouve à gauche du Colletto Dante, la Punta Dante que j'atteins très facilement par une bonne trace entre les blocs. De la Dante, c'est tous les sommets de la Haute Ubaye, du Mercantour et des hautes vallées italiennes d'Elva, de Chiazale et de Bellino qui se dessinent sur l'azur... J'identifie des dizaines de sommets et sature la carte mémoire de l'APN avant de songer à redescendre au Colletto.
Là, je plonge en face nord, dans de grands éboulis de roches grises et ocres avant de devoir affronter des névés bien raides et surtout bien glacés !

 

 

Une heure plus tard, je marche au fond du splendide vallon glaciaire des Forciolline, l'un des plus beaux que je connaisse dans les Alpes! Les lacs y sont nombreux, d'un bleu profond et le granit est d'un orange tel qu'on le dirait sans cesse éclairé par les feux du couchant. Une merveille !
J'atteins le bivouac des Forciolline vers 13h30, les jambes terriblement fatiguées par l'effort du matin et les épaules bien meurtries par le lourd sac à dos.
Quelques italiens pique-niquent ici, ça et là, autour des nombreux lacs.

 

 

Ne sachant pas trop où me mèneront mes pas de l'après-midi, je choisis de monter vite ma tente pour laisser à l'intérieur tout le superflu et pour entamer une randonnée qui devrait m'occuper jusqu'à la soirée !
Après une rapide collation, je range donc popote, réchaud, duvet et tout ce qui pèse lourd dans ma micro-tente et je repars, sac allégé au dos, pour tenter de grimper au sommet des Punta Bastia, Corsica et Aiaccio, autant d'antécimes du Viso du côté de sa face sud-ouest...
Mais j'ai surestimé mes forces et au fur et à mesure de mon ascension vers le Passo Guillemin, je m'aperçois que mes jambes sont vraiment fatiguées et que je n'aurais jamais assez de "jus" pour aller jusque là-haut. Dépité, je fais demi-tour sous la Punta Caprera, alors qu'il me reste encore 400m de D+ pour rejoindre la Punta Bastia...

 

 

Je redescends péniblement jusqu'au lac principal des Forciolline, au travers d'un millier de blocs instables où, malgré la fatigue, la vigilance s'impose si l'on ne veut pas se péter une jambe.
Au bord du lac, je rejoins ma tente et la démonte aussitôt. j'ai pris ma décision; il est 17h et j'irai dormir cette nuit à l'intérieur du bivouac pour maximiser mes chances de récupérer de cette difficile journée.
Sitôt dit, sitôt fait, je pénètre donc dans ce génial espace de confort montagnard dont la capacité de 12 couchages est bien souvent dépassée (mais cela je l'apprendrai plus tard).
Il y a quelques italiens et je suis le seul français.
Pour ôter ma transpiration, je décide d'aller prendre un bain dans le lac. Il sera de courte durée car l'eau ne doit guère dépasser les 4°C mais suffisant pour un bon décrassage ! Puis, c'est le bain de soleil, allongé dans l'herbe grasse, chauffé par le brûlant soleil d'altitude... Le top !

 

Ce sont les bonds capricieux d'une petite hermine qui vont me sortir de ma torpeur ! Je l'immortalise par deux clichés sympa et me rends alors compte que je ne suis pas seul; cinq bouquetins dont un grand mâle sont venus se promener autour du bivouac et je me gave d'images !

 


La soirée arrive et la température chute brutalement à l'extérieur du bivouac. Il est temps de penser à rester au chaud !
Étonnement, parmi les quatre italiens qui passeront la nuit au bivouac, il en est un qui parle très bien le français! Et pour cause, il est... belge !!! Et oui, ce monsieur est venu s'installer en Italie, dans le Val Varaïta, dès l'heure de la retraite. Il m'apprend que son copain, que je pense être italien lui aussi est en fait allemand (!!) et qu'il a fait ce même choix. D'ailleurs, au cours de la brève soirée, j'apprendrai que ce monsieur (l'allemand) a déjà grimpé 38 fois le Viso !!!! Extraordinaire surtout quand on sait qu'à part ce sommet, il n'a quasiment jamais fait d'autres randonnées engagées en haute montagne !
C'est en discutant longuement avec ces deux sympathiques personnages que je parviendrais à prendre une décision sur le programme du lendemain : Ils ont fait le Viso aujourd'hui et ça passait plutôt bien... Je prends donc la décision de tenter l'ascension demain...

La nuit sera mauvaise, d'une part à cause de l'altitude (le bivouac est situé à 2870m) mais aussi et surtout à cause des ronflements incessants d'un autre italien qui aurait dû se faire opérer des végétations ! Le con !!!
Je me lève à 6h45, mes compères m'ayant déconseillé d'attaquer l'ascension trop tôt pour éviter le gel et la glace...
A 7h20, je quitte le bivouac avec dans mon sac mon baudrier, mon piolet, mes crampons, une veste chaude, 2 litres d'eau, des pâtes de fruit, mes jumelles et mon APN.
L'itinéraire de montée jusqu'à l'attaque est déjà bien raide puisqu'il permet de s'élever très vite de 300m. Un court passage d'escalade est d'ailleurs obligatoire pour parvenir sur la moraine frontale du Glacier du Viso.

 

 

Là, écrasé par la masse verticale que je vais devoir grimper, je m'équipe. Pour le moment, je ne mets pas mes crampons, j'attends de voir si la neige du premier glacier est glacée ou non... Je pars derrière une cordée de six marseillais que je double très vite en haut du Glacier du Viso. Puis, après quelques pas dans de gros blocs, j'atteins le second glacier, baptisé Sella, qui n'est qu'un gros névé bien raide.
Une fois ces parties neigeuses franchies facilement (la trace est belle et les pas sont profonds quoique glacés), je me retrouve face à la roche. Je sais, connaissant mon altitude, que j'en ai pour 550m d'escalade facile mais engagée avant de pouvoir toucher le sommet de cette montagne mythique...
Les minutes puis les heures s'écoulent; il m'en faudra trois et demi pour terminer l'ascension. La paroi est fracturée, heureusement, mais le vide est omniprésent et il faut toujours rester très concentré. A l'inverse des grimpeurs que je vais doubler et qui sont encordés, je sais que je ne peux compter que sur moi-même pour qu'il ne m'arrive rien. je suis tellement "à ce que je fais" que j'en oublie tout le monde extérieur; je deviens un autiste immergé dans mon ascension, affairé à assurer chacun de mes gestes, de mes pas, pour que toute ma mécanique m'emmène vers le haut...

 

 

Souvent, je regarde "plus haut", dans l'espoir d'apercevoir la croix sommitale mais hélas, les arêtes rocheuses succèdent aux cheminées et ça n'en finit plus... Je dépasse des cordées, je prends quelques secondes pour les saluer puis poursuit, tendu vers le sommet...
Par deux fois, des pierres vont tomber. Angoissant moment où l'on ne sait pas où le bloc va s'écraser, qui pourrait avoir la malchance d'être au mauvais moment sur la mauvaise saillie...
Enfin, parvenu sous le gendarme de la Testa dell' Aquila (la Tête de l'Aigle), j'ai le sentiment que le terrain est moins ardu, moins technique... Et quelques 50m plus haut, au sortir de cheminées faciles, j'aperçois enfin le drapeau italien qui flotte là-haut, dans le vent, accroché à l'éclat métallique d'une énorme croix de fer !! Les larmes me montent aux yeux; je sais que cette fois-ci, j'arriverai au sommet !

 

 

Quelques gradins et plus rien... Plus rien que la vue, immense, circulaire, la vue qu'un aigle peut avoir quand il survole les montagnes...
Je suis là, au bout de ma quête, au bout de la terre, suspendu au-dessus du monde et je me rends compte que je souris bêtement comme un petit enfant...

 

 

3841m... Je n'étais monté jusqu'alors qu'à 3560m... Quel bond vers le haut !! Je suis surpris de voir qu'on y respire pourtant bien. On y rigole à pleine voix, avec les autres, ceux qu'on ne connaissaient pas du tout il y a encore quelques minutes et qui nous semblent pourtant si proches, ici, sur ce minuscule ilot battu par les vents. Les marseillais arrivent au sommet (qu'est-ce qu'ils sont bruyants les Marseillais, pire encore que les italiens, c'est pas peu dire !!). Eux y ont monté une bouteille de champagne et ils la font tourner pour qu'on partage tous l'heureux événement ! C'est du bonheur tout ça !!
Après les accolades, les rires et les larmes, il faut penser à prendre des photos, des dizaines de clichés pour ne jamais oublier à quel point c'était magique...
Je monte même sur la croix sommitale pour gagner 2 mètres !!

 

 

Dans les vallées, très loin en contrebas, le temps change... la nebbia (la brume en italien) monte depuis la plaine du Pô. Pourtant, ici, nous nageons dans un océan de bleu ! Il n'y a pas un nuage pour nous gâcher la vue. Chaque sommet, proche ou lointain est extraordinairement visible et clair.

Je me désaltère abondamment, mange plusieurs pâtes de fruit puis je me décide à redescendre...
Je sais, compte tenu des difficultés rencontrées à la montée, que la descente sera délicate et qu'il me faudra être encore plus prudent mais bon, maintenant que je suis là, ai-je d'autres choix ??
Je propose à un couple de haut-savoyards de descendre sur leurs pas; eux sont encordés, moi non mais en les suivants de près, ils pourraient me porter secours s'ils me voient chuter. Ce sera ma seule sécurité, toute virtuelle!
Et la descente commence donc, lente et très délicate. Plus d'une fois, je domine de vastes abîmes que je dois approcher de face pour me détourner au dernier moment afin de descendre, prises en mains, comme sur une échelle. Pas question d'avoir le vertige ou de se poser les mauvaises questions !

 

 

Il me faudra 3 bonnes heures pour descendre. Je me suis fait peur à deux endroits. Le premier, en descendant un mur aux réglettes foireuses car je ne trouvais plus rien pour mes pieds. Et la seconde fois, dans un mur de neige très raide car je déteste redescendre dans la neige verticale; j'y préfère de loin le rocher !!
Mais bon, finalement, tout s'est bien passé et c'est le cœur léger que j'ai repris contact avec le plancher des vaches au pied du Glacier du Viso. Là, j'ai fait le plein d'eau. J'étais tellement heureux, tellement "encore un peu là-haut", que j'ai oublié là mon piolet...
Je m'en suis rendu compte une heure plus tard, en arrivant au bivouac des Forciolline et je n'avais plus vraiment la force d'aller le chercher... Ce sera ma seule vraie déception de ce trip montagne (j'y tenais à ce piolet !).
De retour au bivouac, à 15h, j'ai répété le rituel de la veille (baignade, décrassage, farniente) mais avec une plénitude rarement égalée... J'avais l'impression de flotter, un sentiment de joie pure et noble...

 

 

Vers 17h, j'ai refait mon sac, j'ai fait quelques dernières photos du bivouac et de ce site inoubliable puis j'ai pris le chemin de la descente, pensant camper plus bas, dans le Vallon des Forciolline...
Malgré le bain, mes jambes avaient pas mal souffert de l'ascension et je pense qu'elles ne s'étaient toujours pas remises de l'effort de la veille. Le sac, plus que jamais, m'écrasait les épaules et pourtant, je n'avais d'autres choix que de le redescendre jusqu'à la vallée.
Le Vallon des Forciolline, aussi magique et sublime soit-il, est aussi particulièrement difficile à parcourir, que ce soit à la montée comme à le descente. Permettant de passer du Vallon de Vallante (altitude au carrefour des sentiers: 1900m) au pied même du Mont Viso (3100m), il oblige à avaler sans détour 1200m de D+ ou de D- ...
Pour moi, qui descendait déjà du Viso, avec 741m de D- dans les pattes, l'addition globale s'élevait à 2000m de descente en un tracé quasiment rectiligne, du haut vers le bas !
Quant on sait que cet itinéraire, le Sentiero Ezio Nicoli, qui est le seul passage possible entre Vallante et Forciolline, n'emprunte jamais un centimètre carré de terre mais qu'il se déroule exclusivement dans des éboulis, des couloirs rocheux ou des barres granitiques, on comprendra mieux le genre de difficulté qui m'attendent désormais...
Et en effet, je crois que j'ai trouvé la longue descente vers Vallante encore plus éprouvante que celle du Viso ! Mes jambes flageolaient tout au long de la descente et je crois qu'avec d'autres chaussures que mes Sportiva (excellentissimes chaussures de haute montagne), je me serai cassé la gueule plus d'une fois...

 

 

Il m'aura fallu 3 heures pour dévaler tant bien que mal les 1200m de ce vallon très encaissé. Depuis le matin, cela faisait 12 heures que je marchais, quasiment sans discontinuer. Sacré fatigue !!
Pourquoi, me direz-vous alors, ne me suis-je pas installé quelque part dans le Vallon des Forciolline pour y passer une bonne nuit réparatrice??
A cela, deux raisons : D'abord parce que ledit vallon est très en pente et qu'il n'offre que très peu d'emplacements pour un bivouac et aussi et surtout car il y a tellement d'eau partout que le sol y est très souvent humide, voire détrempé !
Ainsi, il m'a fallu attendre d'aborder les alentours proches du Vallon de Vallante pour enfin trouver un minuscule emplacement où monter ma tente. Il était 20h30 et je ne tenais plus vraiment debout, ivre de fatigue...
Hélas, je n'avais pas eu le choix d'un coin où camper mais je n'aurais jamais imaginé que celui-ci fut aussi inconfortable... En effet, des myriades de moustiques m'ont assailli, à peine avais-je jeté mon sac à dos par terre et j'ai du, en très peu de temps, me couvrir le plus possible pour éviter d'être trop piqué !!
Il y en avait des centaines, stupides (je les écrasais par 5 ou 6 sur ma peau) mais redoutables (je compterais le lendemain plus de 40 piqûres sur tout mon corps !!).
J'ai mangé très vite un bout et me suis jeté dans ma tente alors qu'il faisait encore bien jour, juste pour échapper à ces cohortes d'agresseurs !
Cette nuit-là, j'ai dormi 5 heures environ - quel luxe !
Je me suis éveillé vers 8 heures du matin et malheureusement, il m'a fallu déjeuner avec une armada de moustiques autour de moi... Moustiques du soir, te piquent la poire, moustiques du matin te piquent les mains !
J'ai tout plié en moins de temps qu'il n'en faut pour subir dix piqûres de plus et je suis parti, presque en courant, pour rejoindre au plus vite le Vallon de Vallante.
C'est à ce moment là que je me suis rendu compte que la lumière magique qui avait baigné les montagnes ces deux jours précédents avait disparu et qu'elle avait laissé place à une lumière pâle qui filtrait dans un ciel laiteux... Décidément, il était temps que je m'en aille...

 

 

A 10h30, j'étais revenu à mon point de départ; je retrouvais ma voiture, le bruit, les gens, tout ce que j'avais oublié le temps d'une pause, là-haut, dans la montagne magique...
Je suis allé boire un coca au bar "Le Monviso" à Castello... Ça ne s'invente pas! Puis, j'ai fait un peu de tourisme à Chianale, merveilleux petit village médiéval où le temps semble s'être arrêté...
A 12h30, je descendais le Col Agnel, versant français; Là, il faisait beau et chaud. Sur le côté de la route, un petit chalet en bois et trois parasols; c'est un snack. Je m'y arrête et déjeune. les plats sont excellents... Je savoure chaque bouchée comme si c'était la dernière... ou la première...

 

 

La bière est glacée et excite mes papilles...
Le soleil brûle ma peau, je me détends... J'entends souffler le vent dans le treillis de métal de la croix sommitale...



02/11/2011
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