Au fil des roues, au gré des pas...

Au fil des roues, au gré des pas...

En montagne, entre Pic de Pelvat et Rubren (3 jours en Haute-Ubaye)

 

 

L'imposante pyramide du bric de Rubren, visible de très loin...

 

 

Parti chercher des minéraux et des cristaux, j'ai surtout trouvé une neige trop basse, un froid bien présent et beaucoup de fatigue ! Mais quel bonheur d'être là, seul au monde, entre terre et ciel...

 

 

Episode 1: La Traversée de l'Ubaye et celle du Torrent de Chabrières

Comme vous le savez peut-être si vous êtes déjà allé marcher en Haute-Ubaye, par-delà le hameau perdu de Maljasset, le franchissement des torrents du cru pose toujours un problème, d'une façon ou d'une autre !!
Bref, me voilà parti avec mon fidèle sac à dos de 17 kg sur le dos, sous un temps magnifique, en direction du Plan de Gandin, mon objectif du jour...

Mais voilà, il y a encore beaucoup de neige au-dessus de 2500m (et un très gros orage la veille, paraît-il !) et du coup, les torrents sont plein à craquer... S'il y a bien une passerelle plus haut sur l'Ubaye (mais ce n'est pas ma route), il n'y en a plus depuis longtemps pour Chabrières...
Je me retrouve donc à devoir traverser et l'Ubaye, et le Torrent de Chabrières pour continuer mon périple à peine entamé...
Pour l'Ubaye, les eaux calmes du Plan de Parouart vont m'aider; en quelques sauts puissants et rapides, je me retrouve de l'autre côté des quelques bras que l'Ubaye, apaisée, étale par ici...
Mais pour le Torrent de Chabrières, je me trouve face à sa pleine puissance et il faut trouver une solution.

 

 

Le Plan de Parouart où l'Ubaye s'étale paresseusement...

 

C'est un magnifique tronc de mélèze, posé en travers des eaux écumantes, qui m'offre l'unique voie de passage. Appuyé sur les bâtons à droite comme à gauche (faut les tenir, bonjour le courant !), je traverse enfin en équilibre instable et me retrouve sur la bonne berge...

Episode 2: Le couloir du Pelvat

Je passe rapidement sur le fait qu'il m'a fallu retraverser le Torrent de Chabrières (merci le névé!) et je me retrouve donc au pied d'un couloir très raide, très minéral qui est censé m'amener rapidement sur le Plan de Gandin où je compte camper cette nuit.

 

 

Le Pic de Pelvat et son couloir d'éboulis très raide !

 

Il y a d'autres façons d'accéder là-haut mais je cherche des cristaux d'épidote et d'hématite et je sais qu'il faut longer le Pic de Pelvat au plus près pour en trouver, donc...
Le couloir est épuisant; mon sac me pèse vraiment et il fait une chaleur à crever... Bon, heureusement, les roches ont des coloris surprenants et le paysage est magnifique.
Après deux heures d'efforts intenses, je débouche enfin au... Plan de Gandin ? Et bien non ! Ce que la carte ne montre pas, c'est qu'il y a encore une mer de rochers immense à traverser pour rejoindre mon lieu de campement...
Me voilà donc, à sauter de bloc en bloc comme un vieux chamois en faisant mon possible pour ne pas me manquer ! Une gamelle ici aurait de fâcheuses conséquences...

Episode 3: Une nuit glaciale

Epuisé par l'ascension du couloir puis par mes sauts de cabri de blocs en blocs, j'arrive enfin à 2900m et je repère un petit replat qui me permettra de monter ma tente. Il n'est que 16h et la nuit est encore loin. Posant mon sac à dos, j'installe mon campement puis je me lance à l'assaut de la Crête de La Gavie, histoire de respirer l'air glacial des 3000 !
D'en-haut, le panorama est fantastique. Il fait un temps magnifique et j'y vois très loin (c'est encore vers le sud que la visibilité est la moins bonne!).
Vers 18h30, je redescends et commence à songer aux préparatifs du repas (et oui, en montagne, c'est comme à l'hôpital, on mange TÔT !).
Évidemment, de fait, je me couche vers 20h45. C'est pas plus mal car maintenant que le soleil est couché, le froid arrive et il arrive fort !!

 

 

Mon campement à 2930 m avec vue sur la face nord du Pic de Pelvat !

 

Tellement fort, qu'en dépit d'un bon duvet, d'un bon matelas et d'habits chauds, je vais dormir seulement 1h30 dans toute la nuit !! Eh oui, je campe à 2930m; la neige est à 3 mètres de ma tente et le sol est encore trempé par la fonte récente...
C'est donc sans surprise qu'au petit matin, je trouve une fine pellicule de glace sur l'ensemble de la tente et qu'autour de moi, tout est gelé !!!
Vive le café brûlant !!!!!!

Episode 3: Le sentiers italiens

Le café bu, le camp démonté, je charge mon sac à dos (toujours aussi lourd, hélas!) et je monte à l'assaut de la Tête de Malacoste,à 3216m.
De là-haut, de nouveaux horizons s'ouvrent à moi et je vois apparaître de nouveaux massifs, de nouveaux sommets... Il fait encore bien froid mais le soleil brille. Seule l'Italie est envahie par la "Nebbia" (la brume) qui se forme tout le temps lorsque l'air surchauffé de la Plaine du Pô atteint les montagnes froides de nos Alpes.

 

 

Le Mont Blanc vu depuis la tête de Malacoste !

 

De là, je passe en Italie via le Col de Malacoste.
Au début, tout est simple. Le sentier est évident et la visibilité est excellente mais au fur et à mesure que je descends dans le Val Varaïta (Italie), le sentier se perd et la brume monte à ma rencontre... L'itinéraire est complexe et je me rends très vite compte que la carte est fausse dans sa partie italienne ! Génial !!
Bref, je devrais remonter 300m de D+ pour récupérer la bonne trace, en empruntant un sentier "creusé" sur une étroite vire, au-dessus d'une belle barre...
4 heures plus tard, je repasse la frontière via le Petit Col de Longet (qui n'a rien à voir avec celui qui ferme la Vallée la Haute-Ubaye). Je commence à bien sentir mes ampoules au talon, résultat des nombreuses traversées de névés lors desquelles des gerbes de neige viennent régulièrement terminer leur course le long de mes mollets pour dégouliner ensuite à l'intérieur de mes pompes...
Au col, je pousse un peu pour gravir un autre 3000, facile celui-là, le Monte Guierp (3110m).
Encore 3/4d'heure et j'atteins le Bivacco F. Boerio, un sympathique bivouac d'altitude construit avec tout le savoir-faire italien. Ce lieu est un véritable havre de paix, perché à 3089m, au bord du Lago Di Mongioia, le plus haut lac d'Europe (et oui !!).

 

 

Bivacco Boerio, un hâvre de paix qui n'a pas de prix !!


Episode 4 : Un corps meurtri !!

Arrivé au refuge, je dépose mon fardeau et je prends un peu de temps pour faire le bilan de mon état physique...
D'abord, n'ayant pas dormi la nuit dernière, je suis épuisé, c'est un fait.
Ensuite, malgré le froid, je m'aperçois que j'ai des coups de soleil monstrueux derrière et devant les cuisses, sur les bras, sur la nuque et les oreilles et évidemment, je n'ai pas pris ma crème solaire
Enfin, en me déchaussant, je me rends compte que j'ai deux ampoules monstrueuses aux talons...
Bon, je me couche et on verra plus tard...
[Ron...pff...Ron... Pff]

Episode 5: Encore une nuit terrible...

Moi qui croyais pouvoir dormir paisiblement cette nuit là, je me trompais !
Mais je dois vous expliquer la fin de soirée sinon, ça n'aurait pas de sens.
A l'heure du coucher, j'avais tellement mal à mes ampoules qu'il me fallait trouver une solution; avec peu sous la main (en dépit de la présence d'une petite pharmacie dans le refuge), je me suis posé une bande sur l'ampoule la plus à vif (il n'y avait quasiment plus de peau) pour la protéger à minima des frottements...
Oui, mais !!!!! Cela faisait 2 heures que je dormais plus ou moins quand soudain une douleur suraiguë est montée de mon pied; impossible de rester coucher, il fallait que je vois ce qui était en train de se passer...
J'ai donc commencé par enlever un puis deux tours de ma bande mais j'ai très vite compris que j'allais avoir très, très, très mal lorsqu'il allait falloir enlever les trois derniers tours car ils s'étaient collés à la viande...
J'ai HURLE de douleur à chaque tour... L'enfer !!!!!!!!!! Au dernier tour, du sang a giclé et là, je me suis vraiment demandé comment je rentrerai le lendemain jusqu'à la voiture (il fallait descendre 1200m de D- sur une distance d'environ 14 km...).
Bref, en pleine nuit, vraiment très fatigué, il m'a fallu trouver une solution pour protéger à tout prix cette ampoule mal barrée...
Ce sera finalement avec une lingette, un kleenex et un gant en latex découpé que je me ferai le super pansement qui tiendra jusqu'à la voiture !

 

 

Bref, cette nuit-là, je réussirais péniblement à dormir 4 à 5 heures d'un mauvais sommeil.
Lorsque je me suis levé vers 5h du matin pour un petit pipi, j'ai vu "l'âne" sur les sommets environnants (ça veut dire qu'il y a un petit chapeau de nuage sur les sommets et c'est toujours signe d'une dégradation qui approche...). Je me suis donc recouché en renonçant à l'ascension du Rubren qui devait pourtant être le "crux" de mon périple...

Episode 6 : L'ascension du Rubren

C'est à 7h30 (heure bien tardive quand on fait de la montagne) que je quitte donc mon sac de couchage... Dehors, il fait beau, moins que les autres jours mais ça tiendra tout de même.
Je teste ma station debout, d'abord sans mes chaussures puis avec. C'est assez concluant : Je peux marcher sans trop avoir mal...
8h30: Je suis en route pour faire l'ascension du Bric de Rubren. J'en atteins le sommet (3340m) à 9h20 après m'être débarrassé du passage clé de l'ascension, quelques pas d'escalade facile mais exposés.
Au sommet, la vue sur les Ecrins, la Vanoise, le Mont-Blanc, le Cervin et l'immense masse du Mont-Rose est saisissante... Il y a un peu plus de nuages que les jours précédents mais la vue porte très loin malgré tout. C'est un régal.

 

 

Tout en haut du Bric, à 3340m...

 

Une heure plus tard, mon sac encore bien lourd sur les épaules, je quitte le Bivacco Boerio pour entamer la très longue descente vers Maljassé et la voiture...
C'est samedi et ENFIN, je croise 4 randonneurs qui vont s'attaquer au Bric. Ce seront les premiers mots que je prononcerais depuis près de trois jours !

Episode 7: La mauvaise rive...

Quitter le Bivacco Boerio pour redescendre vers Maljasset, c'est un parcours que je connaissais déjà pour l'avoir fait au cœur de l'hiver. je savais donc qu'à partir du moment où je quittais le refuge, je n'aurai plus de mauvaise surprise. Certes, l'itinéraire est très long, fatigant mais facile.
Et pourtant...
Pourtant, la fatigue aidant, je me suis trompé de rive au moment de rejoindre l'Ubaye. Et comme j'ai persévérer dans mon erreur, je me suis considérablement éloigné de l'unique passerelle qui m'aurait permis de rentrer par une promenade de santé...
Une fois ma méprise comprise, j'avais deux options:
- Soit, je rebroussais chemin et perdais 2 à 3 heures à remonter jusqu'à la passerelle, traverser et redescendre par la bonne rive...
- Soit, je tentais le tout pour le tout et essayais de descendre l'Ubaye par une rive jamais empruntée (ou par de grands malades !) tout en cherchant un moyen de la traverser ( )...
Et j'ai évidemment pris la seconde solution...
A la réflexion, je n'étais pas complètement lucide quand j'ai fait ce choix car ce qu'il impliquait avait quelque chose de suicidaire...
Me voilà donc descendant, tant bien que mal, sur des pentes très escarpées (terrain à chamois, disent les montagnards) qui donnent directement dans les tourbillons monstrueux de l'Ubaye puisqu'il n'y a quasiment jamais de rive apparente... Quelquefois, il me faut escalader de gros blocs car eux plongent directement dans les bouillonnements et je n'ai pas le choix.. Je vais descendre ainsi sur plus de 800m et il me faudra 2 heures pour parcourir cette distance...
Enfin, après avoir lutté malgré la fatigue et le doute, j'arrive en vue de la seconde passerelle, celle d'où arrive le sentier de la "bonne rive". Je la vois, elle est à 150m de moi mais hélas, je suis dans un cul de sac: l4Ubaye forme ici une gorge où elle s'encaisse avec fracas et il n'y a plus de rives...
En cherchant bien, à 30m au-dessus des flots, je vois une étroite corniche où ça peut passer, au moins au début...
J'y grimpe et je commence à avancer sur cette vire large d'à peine 25 cm... Je fais 5 puis 10 puis 15 mètres et là, dans un éclair de lucidité, je me dis que je suis en train de faire n'importe quoi et qu'un seul faux mouvement m'emmènera directement dans les bouillons rugissants du torrent. Je m'arrête, je me calme et je fais demi-tour (en deux bonnes minutes!)...
Je retrouve un terrain un peu plus sûr et je rage de devoir tout remonter quand soudain, j'avise au milieu des flots 3 gros blocs rocheux, qui, s'ils sont intelligemment empruntés, me permettront peut-être d'atteindre l'autre rive sain et sauf !
Je dévale la pente jusqu'à atteindre l'eau et, en étant le plus calme et le plus prudent possible, je bondis en deux fois par-dessus les flots.
Lorsque j'ai touché l'autre rive, j'ai bien cru que j'allais hurler de joie ! J'étais LIBRE, enfin, libre d'aller vers ma voiture et d'aller vers le repos et les miens...

 

 

Là où j'ai bondis par-dessus l'Ubaye (c'est beaucoup plus impressionnant "en vrai" !!)


Epilogue :

On a beau pratiquer la montagne et la haute-montagne, penser qu'on peut toujours maîtriser le danger et les problèmes mais je n'ai pas compté avec la fatigue... Elle est mauvaise conseillère et empêche d'y voir clair dans la suite des événements...
Bon, ceci dit, malgré tous les problèmes rencontrés en seulement 3 petites journées, j'ai toujours trouvé des solutions pour avancer, avec un minimum de prises de risques mais ça, c'est l'esprit même de la montagne!
J'ai parcouru 33 km avec 17 kg sur le dos et gravi 2556m de D+ en montant au sommet de quatre 3000 et en franchissant 3 cols "troismillistes" entre la France et l'Italie...
Une très belle virée parmi les bouquetins, les chamois et les marmottes, sans oublier de magnifiques fleurs d'altitude...
Voilà, ainsi s'achève ce long CR que je vous avais promis...

Bonne lecture !!

Voici l'intégralité des photos:

https://picasaweb.google.com/torquefada/PeripleEnHauteUbaye3006Et0102072011



03/11/2011
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