Au fil des roues, au gré des pas...

Au fil des roues, au gré des pas...

La Haute Route du Vieux Chaillol - Entre Champsaur et Valgaudemar...

Je profite d'un temps plus que maussade en ce 11 janvier 2016 pour me replonger dans mes souvenirs et partager avec vous l'une des plus belle randonnées de haute-montagne des Hautes-Alpes. Il s'agit de la "Haute-Route" du Vieux Chaillol...

J'ajouterai également que l'itinéraire décrit est aujourd'hui quasiment oublié de tous et que peu de marcheurs connaissent son existence. Il faut trois jours pour boucler ce périple.

Même si les cartes IGN ne révèlent absolument pas la possibilité d'un tel itinéraire, il existe bel et bien : Le sentier se fait parfois timide mais il est toujours présent. Je déconseille tout de même de s'aventurer sur ce tracé par mauvais temps ou temps de brouillard (à moins de savoir parfaitement utiliser un GPS ou une boussole/altimètre). De même, l'itinéraire atteignant de hauts cols (2630m et 2674m), ainsi que le sommet du Vieux Chaillol à 3163m, il est quasiment impensable d'envisager celui-ci en dehors de la période estivale.

Ces recommandations préliminaires annoncées, je vais à présent vous décrire cette fantastique randonnée d'altitude...

 

 

Tout a commencé un beau jour de juillet 2007, au cœur du minuscule village de Molines en Champsaur. J'y retrouvais ma sœur, Muriel. Nous avions choisi de rattraper un peu du temps perdu, après de longues années de séparation et de passer trois jours ensemble, dans les hauteurs perdues de l'Alpe, pour se rapprocher et pour le plaisir d'être enfin réunis...

C'est vers 8h30 que commence notre aventure...

Il fait un temps magnifique et cela durera. Mon sac à dos est bien lourd, environ 18 kilos, celui de Muriel un peu moins, autour des 14 kilos. 

On quitte Molines en longeant la rive gauche (orographique) du Torrent du Vallon ; très vite, une première côte assez raide nous donne une vision précise de la pénibilité du portage de nos sacs ! Le souffle devient court, les mollets tirent et nos épaules souffrent sous le poids de nos lourdes "coquilles". Heureusement, le paysage est magnifique et des dizaines d'oiseaux gazouillent dans le mélezin. Il y a des fleurs partout de mille et une couleurs ! 

Au terme d'une longue partie assez rectiligne et peu fatigante, une seconde côte se présente ; elle permet de passer sous le Bois des Aiguilles et d'atteindre le pied d'une sévère montée en lacets jusqu'à la traversée du Torrent du Vallon. Celui-ci jaillit en mugissant au débouché d'une gorge étroite. 

 

Torrent qui cascade - Vallon de Peyron-Roux Molines en Ch. - 25.07.07 - 2.JPG

Le Torrent du vallon, peu avant la Cabane du Peyron-Roux

 

Par un joli sentier dans le bois, on arrive alors très vite à la cabane forestière du Peyron-Roux. Il est 9h20. Quelques randonneurs y font une halte méritée ; ce seront les derniers humains que nous rencontrerons avant ce soir !

 

Cabane de Peyron-Roux - Vallon de Peyron-Roux Molines en Ch. - 25.07.07.JPG

La cabane foretière du Peyron-Roux

 

Nous poursuivons vers le Col de Font-froide... 

Je n'osais l'avouer à ma sœur mais je n'avais toujours aucune certitude, en cette belle matinée, sur la possibilité de franchir ou non ce haut col alpin. Le sentier tracé sur la carte IGN s'arrête au col, comme si basculer du côté Valgaudemar était impossible...

Pourtant, en observant scrupuleusement la carte, je ne notais pas forcément d'obstacle infranchissable pour aller vers le nord. Tout au plus faudrait-il trouver un passage au travers d'une petite barre rocheuse et emprunter un névé s'il existait encore... J'espérai sincèrement que l'aventure ne devrait pas s'arrêter si tôt...

De tout cela, je n'en dis rien à Muriel afin de ne pas saper son moral. D'ici, il nous restait à présent 1000 m d’ascension pour rejoindre le col...

La remontée du Vallon de Peyron-Roux est extraordinairement belle. Tout d'abord, on serpente dans un beau mélezin qui protège de la chaleur et qui cache la somptueuse vue que l'on aura bientôt. Puis, c'est la lumière, l'éblouissement et le ravissement d'être là, seuls dans l'immensité de ce vallon sauvage, noyé dans cet univers qui mélange avec goût le minéral et une végétation aux mille fleurs.

 

Vallon de Fontfroide - Haute route du Vieux Chaillol - 25.07.07 - 1.JPG

Le Vallon de Peyron-Roux, vers 1700 mètres.

 

Mais tout cela se mérite ; l'ascension est très longue et fatigante, malgré les lacets que fait le bon sentier. Midi approche et il fait très chaud. Il n'y a plus d'ombre, juste le soleil brûlant qui chauffe les éboulis et qui crée des volutes floues où les couleurs se fondent... Et toujours ce col qui semble s'échapper... Les éboulis succèdent aux éboulis et nos pas se font lourds.

 

Muriel sur le sentier qui monte au Col de Fontfroide - Vallon de Fontfroide Molines en Ch. - Haute route du Vieux Chaillol - 25.07.07 - 2.JPG

Vallon de Peyron-Roux, vers 2100 mètres.

 

Quelques ressauts, une source et, au pied d'une barre rocheuse, les premiers brins de genépi. Ici, la flore se réduit aux joubarbes, aux orpins et à quelques plantes d'altitude ; nous sommes à 2300 m ; plus que 300 m !!

 

Saxifrage et génépi - Montée au Vieux Chaillol - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07.JPG

Genépi !!

 

Autour de nous, nous dominant de leur toute puissance minérale, les pics, pointes, sommets et autres aiguilles nous encerclent en trônant fièrement à plus de 2800 m. Les névés sont nombreux, accrochés à l'austère face nord du Pic de Colle Blanche.

Enfin, au prix d'un dernier et douloureux effort, nous atteignons le col ; il est 13h30 et la faim nous tenaille. Mais avant de déjeuner, je veux absolument m'assurer que l'on peut traverser ! je file vite au bout du long replat pour observer l'autre côté. Je pousse alors un long soupir de soulagement en constatant que j'avais raison d'espérer ! Il y a bien une petite barre rocheuse mais rien d''insurmontable ; deux ou trois pas d'une désescalade facile devrait permettre de prendre pied plus bas sur des alpages pentus. Il n'y a plus de névé, contrairement à ce que dit la carte...

D'ici, la vue sur le Valgaudemar est encore masquée par la Crête de Pian mais celle que l'on a, en face, sur la Montagne de l'Ours, Tête Virante et Malcros est extraordinaire !

 

Vue sur le glacier de l'Aup depuis le Col de Fontfroide -  Haute route du Vieux Chaillol - 25.07.07 -1.JPG

Vue sur Tête Virante, la Montagne de l'Ours, Le Pic de Mourre la Mine et le Pic de Malcros.

 

Il est grand temps de sortir le pain et le saucisson et d'entamer le déjeuner ; nous sommes à bout de force !

D'ici, nous ne voyons pas le Vieux Chaillol ; juste une infime portion de l'itinéraire qui nous attend. Une chose est sûre, il nous faudra beaucoup de volonté et de courage pour finir cette haute route tant les distances sont grandes et le relief escarpé...

Rassérénés, nous chargeons à nouveau nos lourds sacs à dos sur nos épaules douloureuses et je m'engage vers le nord-est pour tenter de franchir au mieux le ressaut rocheux qui nous mènera vers la combe de Font-froide et vers le Vallon de l'Aup.

Le franchissement de la barre en est facilitée par son litage vertical qui constitue une succession d'étroites marches. Avec un peu d'entraînement à la marche en milieu escarpé, la descente vers l'alpage reste très abordable.

 

Muriel franchit la barre sous le Col de Fontfroide -  Haute route du Vieux Chaillol - 25.07.07.JPG

Muriel franchit la barre rocheuse, sur le versant oriental du Col de Fontfroide.

 

A l'inverse, pour nous qui supposions arriver assez rapidement dans la vallée, la descente jusqu'au Ruisseau de Navette est vraiment interminable ! Il faut dire qu'il y a là également 1000 m de D- jusqu'à la minuscule cabane de l'Aup, premier signe de civilisation depuis celle du Peyron Roux !

Entre alpages, rocailles et brandes à Callune, il faut une bonne dose de patience pour ne pas craquer sur cette portion totalement hors-piste qui, si elle ne fait que descendre, implique aussi une bonne lecture de la carte et du terrain.

 

Dans la descente du Col de Fontfroide - Haute route du Vieux Chaillol - 25.07.07.JPG

Dans l'interminable descente vers le Vallon de l'Aup

 

Calluna vulgaris (Ericacées) - Montée de Buchardet -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07 - 3.JPG

La Callune, une bruyère de montagne à la floraison estivale.

 

Enfin, vers 16h00, nous atteignons le fond de la vallée. Au sud, derrière nous, le Pic, les Têtes de Malcros et la Pointe des Moutières forment une barrière infranchissable à qui voudrait, d'ici, rejoindre directement le Champsaur. Les névés sont immenses, presque verticaux et le cirque qu'ils forment ruisselle de nombreux torrents. Au nord, le point de vue sur l'Olan, la Cime du Vallon, les Rouies est spectaculaire.

 

Vue rapprochée sur le glacier de l'Aup depuis la descente du Col de Fontfroide -  Haute route du Vieux Chaillol - 25.07.07 -1.JPG

Les têtes de Malcros entourent la Brèche de l'Homme Étroit ...

 

A la Cabane de l'Aup (1650 m), nous rencontrons des randonneurs. Nous ne nous attarderons pas là bien longtemps ; il reste encore un peu de chemin avant d'atteindre la cascade de Buchardet, où je compte bivouaquer.  

La fatigue est là ; chaque pas est pénible sur le sentier mal marqué qui franchit, tantôt à gué, tantôt par des passerelles branlantes, les nombreux torrents qui descendent du Cros du Jas du Seigneur...

Enfin, nous atteignons le carrefour de sentiers qui va nous permettre d'aller directement vers la cascade ; là, contrairement à tout ce que nous venons de parcourir, le cheminement se fait en lisière d'une épaisse forêt. La mégaphorbiaie est luxuriante, humide et rafraîchissante. Il n'est que 17h15 mais une semi obscurité a déjà envahi ce coin de vallée encaissée. 

Un quart d'heure plus tard, fourbus, les pieds brûlants et les épaules meurtries, nous posons enfin nos sacs à dos sur une petite éminence, à moins de 100 m de la cascade de Buchardet. Il y fait chaud et soleil. 

 

Cascade de Buchardet - Vallon de Navette -  Haute route du Vieux Chaillol - 25.07.07 - 1.JPG

Cascade de Buchardet, dans le Vallon de l'Aup ou de Navette.

 

Une fois notre petite tente montée, nous allons nous rafraîchir un peu dans les vasques sous la cascade ; l'eau y est glacée mais elle apaise les courbatures et contractures de nos corps fatigués.

J'en profite pour repérer le vieux sentier qui nous conduira demain vers le col de Val Estrèche...

Après avoir rejoint le campement, vu qu'il nous reste du temps, nous nous promenons jusqu'au hameau ruiné de Navette, à quelques 600 m de là, plein nord.

 

Au campement du premier soir - Vallon de Navette -  Haute route du Vieux Chaillol - 25.07.07 - 1.JPG

Au dîner...

 

La soirée puis la nuit s'approchent doucement et c'est bercés par le bruit lointain de la cascade que nous nous endormons bien au chaud dans nos duvets, non sans avoir au préalable contemplé le coucher du soleil sur les montagnes embrasées puis le lever de la lune sur le Col du Château...

 

Le cirque de l'Aup au couchant - Vallon de Navette -  Haute route du Vieux Chaillol - 25.07.07 - 3.JPG

Dernières lueurs du jour sur le Pic de Malcros... 

 

26 juillet 2007

Il est 7h00 quand je me réveille. Dehors, les oiseaux s'en donnent à cœur joie pour célébrer le jour nouveau et pour m'empêcher de dormir un peu plus ! J'ouvre la tente et découvre un ciel radieux. Il fera beau aujourd'hui encore, c'est certain.

 

Le Pic des Souffles le Pic Turbat et l'Olan au petit matin - Vallon de Navette -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07 - 1.JPG

Les Souffles, le Turbat et l'Olan dans la lumière du petit matin...

 

Je prépare le café pendant que Muriel se réveille doucement.

A 8h00, tout est plié, rangé et nos sacs sont quasiment aussi lourds que la veille ! Les jambes sont un peu douloureuses mais il faudra pourtant qu'elles fonctionnent à plein régime aujourd'hui car 1250 m de D+ nous séparent du Col de Val Estrèche, point le plus élevé de l'étape du jour ! Au-delà, il y en aura tout autant à faire en D- depuis le col jusqu'au hameau des Baumes, au fond de la Vallée de Champoléon... Puis, ce sera 2 km de route à plat et enfin 400 m de D+ pour monter dormir au Refuge du Tourond !! Autant dire que la journée sera longue, très longue !!!

Bref, nous voici de nouveau aux abords de la cascade, baignés d'embruns mais cette fois-ci, en mode "crapahut", sur un minuscule sentier peu marqué qui gravit peu à peu la muraille de Buchardet par des dizaines de lacets.

Il nous faudra plus d'une heure et demi pour atteindre le replat du Seylas ; ici, une bergère passe la belle saison dans une ancienne bergerie que la carte n'indique qu'à l'état de ruines. Taciturne, elle nous saluera de loin avant de retourner à son troupeau. 

 

Cabane du Seylas - Montée de Buchardet -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07 - 1.JPG

La minuscule cabane du Seylas et sa bergère.

 

La bonne surprise, c'est que le vieux sentier reste bien marqué au delà du Seylas et qu'il serpente intelligemment parmi les immenses escarpements qui nous séparent encore du col. 

ici, c'est le pays des chamois et des marmottes ; les premiers préférant le granit rugueux des falaises de Tête Virante ou des Choucières Vertes, les secondes gambadant ça et là dans les alpages rocailleux qui mènent au col.

 

Chamois - Vers le Col de Val Estrèche  - Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07.JPG

Chamois dans les falaises nord de Tête Virante. 

 

Au fur et à mesure que nous grimpons, le panorama qui se révèle derrière nous est spectaculaire ; Le pic des Souffles, le Pic Turbat, l'Olan, la Cime du Vallon, couronnés de neiges éternelles, se découpent sur le bleu d'azur du ciel. Nos pauses n'en deviennent que plus longues pour mieux profiter de ce paysage incroyable.

 

Muriel dans la rude montée vers le Col de Val Estrèche  -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07 - 4.JPG

Muriel, à mi-chemin entre le replat du Seylas et le Col de Val Estrèche. 

 

Vers 2100m, le sentier traditionnel disparaît ; il laisse la place à une succession de cairns qui permettent de franchir lentement une haute muraille par sa principale faiblesse : Le lit d'un torrent sub-vertical. Cette partie de l'itinéraire constitue à elle seule l'un des endroits les plus sauvages et les plus beaux de cette Haute Route.

 

Cirque du Jas de la Lauze et Col de Val Estrèche  - Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07.JPG

L'itinéraire se faufile de vires en terrasses du côté de la faille. 

 

Muriel dans la rude montée vers le Col de Val Estrèche  -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07 - 6.JPG

La partie terminale de l'épuisante montée au Col de Val Estrèche. 

 

Puis, c'est l'alpage suspendu du Cros du Jas de la Lauze, dominé par la masse imposante des Choucières Vertes. Enfin, apparaît devant nous le névé terminal, peu pentu, qui donne accès au col de Val Estrèche. Par chance, il fait chaud et nos pas y creusent la neige facilement. Le souffle court, les épaules endolories et les jambes lourdes, nous arrivons au col. Il est 13h30...

Ici, la paysage est exceptionnellement beau. Minéral, austère et pourtant si lumineux, il est une invitation à la contemplation. 

Tout autour, les sommets qui nous environnent sont les géants des Écrins. Nous nous trouvons sur la ligne de partage entre le Champsaur et le Valgaudemar, au cœur du massif et l'on pourrait passer des heures, assis là, à épeler les centaines de pics qui nous entourent.

 

Panoramique vers les Ecrins depuis le Col de Val-Estrèche.jpg

Panorama vers les Ecrins depuis le Col de Val Estrèche. 

 

Gros plan sur la Barre et Ailefroide - Col de Val Estrèche  -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07.JPG

La Barre des Écrins vue depuis le Col de Val Estrèche. 

 

Le profond vallon de Val Estrèche depuis le Col de Val Estrèche  -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07.JPG

Une vue vers le sud et la suite de l'itinéraire, depuis le Col de Val Estrèche.

 

L'instant est magique, d'autant plus qu'il est particulièrement mérité !! 

Nous déjeunons d'excellent appétit, plein d'admiration pour ces hautes terres baignées de neige, de soleil et de ciel.

Une heure plus tard, nous nous décidons à entamer notre très longue descente vers le Val Estrèche. A présent, il faut être très précis dans le choix de l'itinéraire car de nombreuses barres rocheuses bloquent le passage vers le val. Encore une fois, le jeu consistera à lire attentivement la carte et à anticiper les cassures de terrain. Ce n'est pas toujours évident de ce côté-ci de la montagne... 

 

Muriel commence la descente de Val Estrèche  -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07.JPG

Muriel, hors piste, aux prises avec le délicat terrain abrupt de la descente sur la cabane de Val Estrèche.

 

Le Col de Val Estrèche depuis le vallon homonyme -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07.JPG

Du replat de la cabane de Val Estrèche, une vue vers le col homonyme, tout là-haut... 

 

La pente est très raide et nous descendons au mieux des possibilités qu'offre le terrain. Plus bas, enfin, le tracé s'améliore ; il nous conduit dans un vaste lapiaz où se niche la minuscule cabane de Val-Estrèche. Une pause s'impose. 

 

La minuscule cabane de Val Estrèche -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07 - 3.JPG

Tout là-haut, Tête Virante domine le replat de la cabane de Val Estrèche. 

 

La minuscule cabane de Val Estrèche -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07 - 2.JPG

Moi, devant la cabane de Val Estrèche. 

 

En reprenant la marche, nous longeons bientôt sur notre gauche un précipice vertigineux, tout en suivant une vague trace. Mais très vite, un gros rocher nous oblige à une manœuvre périlleuse. En effet, le bloc est en encorbellement sur le sentier et ce n'est qu'en s'accroupissant à sa base qu'un étroit passage permet d'avancer sans être rejeté vers le vide... Or, chargés de nos gros sacs à dos, nous ne pourrons pas passer. Tour à tour, nous nous délestons de nos encombrants bagages. Je me faufile en premier et, une fois le pénible obstacle franchit, je tire à moi mon sac. J'attrape ensuite celui de Muriel avant de l'aider à passer. Ouf, nous voilà enfin de l'autre côté ! Je prie que ce soit le seul obstacle de ce genre sur la suite du parcours... 

Encore une longue descente très escarpée et nous atteignons le lit asséché du torrent, que nous longeons pour atteindre une gorge. Ici, les eaux du Val-Estrèche se mettent à bouillonner parmi de gros blocs coincés. Pour emprunter la gorge, le sentier passe à même la roche et quelques passerelles de bois sont là pour faciliter la traversée.

 

Du plateau supérieur de Val Estrèche vue plongeante sur le plateau intermédiaire - Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07.JPG

Au bord du replat de la cabane, vue plongeante sur le torrent qui paraît asséché (en fait souterrain) ; on devine la gorge  qui se forme à gauche... 

 

Muriel sur la passerelle du sentier - Etroiture de Val Estrèche -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07.JPG

Le sentier a été aménagé récemment (en 2007 !). 

 

Le torrent encaissé de Val Estrèche -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07 - 2.JPG

Le torrent bondissant de Val Estrèche.

 

Cette dernière difficulté franchie, le sentier s'améliore et dégringole le long de la rive gauche du torrent jusqu'au hameau des Baumes. Si l'on excepte la piste qui ramène à Molines, c'est probablement la partie la plus fastidieuse de ce magnifique itinéraire. Même si le paysage est beau, même si ça descend, on en a tellement dans les pattes à ce moment-là qu'on n'apprécie plus à sa juste valeur ce que l'on découvre autour de soi.

 

La Vallée de Champoléon et le Sirac -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07.JPG

En descendant vers le Hameau des Baumes, une vue sur le Sirac. 

 

Il est 17h30 lorsque épuisés, nous arrivons sur le petit bout de route de la D472, au niveau des Baumes. Le dernier kilomètre, nous l'avons fait en compagnie d'un randonneur très sympathique qui n'en revenait pas de savoir d'où nous venions ! Etant garé au hameau des Baumes, il nous a gentiment proposé de nous avancer en voiture jusqu'aux Gondouins, deux kilomètres plus bas. Nous dérogions à notre éthique, qui nous aurait conduit à marcher tout du long, mais compte tenu de notre fatigue et de la nécessité impérieuse d'arriver au refuge du Tourond (500 m plus haut) avant la nuit, nous avons accepté bien volontiers sa proposition...

C'est ainsi qu'aux alentours de 17h45, nous faisions nos adieux à ce sympathique personnage et que, sacs à dos à dos, nous avons repris le sentier qui monte régulièrement jusqu'au refuge du Tourond. Ici, l'itinéraire est très fréquenté ; il y a des familles avec de jeunes enfants (la balade est agréable et facile quand on n'a rien sur le dos !), des randonneurs qui monteront demain à l'assaut du Col de La Vénasque et, pour les plus courageux, tout en haut du Vieux Chaillol.

 

La chapelle des Fermons - Vallée du Tourond -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07 - 1.JPG

La petite chapelle des Fermons, au-dessus des Gondouins. 

 

Il est 19h15 quand, éreintés, les pieds en compote, nous arrivons enfin en vue du refuge. Celui-ci est plein mais ça n'a aucune importance puisque nous avons notre tente. On s'installe donc en contrebas de l'établissement, près d'une source. Quelle joie de pouvoir enfin poser les sacs après presque 10 heures de marche et plus de 1800m de D+ depuis ce matin !!!

 

Le cadre très agréable du refuge - Vallée du Tourond -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07.JPG

Le refuge du Tourond (1712m). 

 

Aigles de bois - Refuge du Tourond - Vallée du Tourond -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07 - 1.JPG

Aigles sculptés au refuge du Tourond.

 

Après un bon repas, je propose à Muriel de prendre un dessert au refuge; Ce sera une succulente tarte aux myrtilles faite maison arrosée d'une bolée de cidre doux. Un régal !

 

Dans le refuge - Vallée du Tourond - Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07.JPG

 Dans le refuge, en soirée...

 

A 21h45, sans demander notre reste, c'est l'extinction des feux. La nuit tombe doucement sur la montagne...

 

27 juillet 2007

 

Nous nous levons à 6h30 ce matin. Il faut dire que c'est encore une très longue journée qui nous attend. Les distances et les dénivelées seront encore plus violentes qu'hier et nos corps déjà bien fatigués vont devoir tenir bon ! Autant dire que nous ne lésinons pas sur le petit déjeuner !

 

L'adieu au Refuge - Vallée du Tourond -  Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07 - 1.JPG

Nous quittons le confort relatif du refuge pour la haute montagne...

 

A 7h30, le camp est levé et nous repartons vers la haute montagne. Au loin, la cascade de la Pisse scintille en un rideau de vapeur translucide.

 

Cascade de la Pisse - Vallée du Tourond -  Haute route du Vieux Chaillol - 26.07.07 - 1.JPG

Cascade de la Pisse. 

 

Nous traversons le torrent puis une belle forêt mais le parcours se met à grimper et la mise en jambes n'est pas si évidente... il nous faudra quasiment une heure pour atteindre le lieu-dit "Planure" où le sentier se divise. Celui de gauche, bien tracé, monte vers le Col de la Vénasque et celui de droite, une vague sente, part à l'assaut du col de Côte Longue. Nous prenons ce dernier, non sans mal car il n'est quasiment pas indiqué...

 

Muriel dans la montée vers Planure - Vallée du Tourond -  Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07.JPG

 Muriel, dans la rude montée vers Planure.

 

La toute première partie de la montée au col est magnifique ; on chemine au travers d'un somptueux mélezin et le paysage est si enchanteur qu'on ne sent pas la fatigue. Pourtant, plus haut, tandis que la vue se dégage et qu'on distingue sans les voir le col et la ligne de crête, on réalise à quel point le cheminement sera long... 

Pas à pas, nous gagnons du terrain vers le haut... La fatigue est là, les pensées divaguent, les bretelles des sacs nous broient les trapèzes. Soudain, tandis que je devance de beaucoup ma soeur, je distingue de magnifiques tâches roses sur l'herbe rase des alpages. Je m'approche ; il s'agit de touffes d'Érine alpine, une magnifique plante de la famille des Scrofulariacées. C'est la première fois que j'en vois et je prends plusieurs clichés. Tout à coup, tandis que j'ai l’œil collé à l'objectif, en train de faire la mise au point sur une fleur, je sens un souffle puissant au-dessus de moi tandis qu'une grande ombre me survole ; le temps de réaliser, je lève les yeux et vois un magnifique aigle royal à seulement quelques mètres au dessous de moi !! Il fonce vers le bas de l'alpage et disparaît dans un creux de terrain avant que je n'ai eu le temps de shooter !! Que de surprises en si peu de temps !

 

Erinus alpinus (Scrophulariacées) - Ravin de Côte Longue - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07 - 1.JPG

 L'Erine des alpes (Erinus alpinus).

 

Muriel me rejoint enfin ; elle n'a pas vu l'aigle. En l'observant, je constate qu'elle est bien fatiguée, au bord de l'épuisement. Je sais qu'elle a un mental fort et qu'elle arrivera au col malgré tout, mais après ? Pourra-t-elle trouver la force de grimper ensuite jusqu'au sommet du Vieux Chaillol, comme nous l'avions prévu ?

Pour corser le tout, la pente se redresse inexorablement à partir d'ici et le sentier se réduit à une vague ligne de cairn. Il est 10h30 et déjà le soleil est très chaud. Rien ne permet de s'en abriter...

 

Muriel aux prises avec le mauvais terrain de la montée au Col de Côte-Longue - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07 - 3.JPG

Muriel, à mi-chemin entre Planure et le col de Côte-Longue... 

 

Encore une heure de grimpe, plus ou moins droit dans la pente car le sentier est aléatoire, et me voilà parvenu au col de Côte-Longue ; Muriel est encore 200 m en contrebas. Elle monte lentement, victime d'un gros coup de fatigue dans cette interminable côte... En l'attendant, je prépare un café.

 

Muriel aux prises avec le mauvais terrain de la montée au Col de Côte-Longue - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07 - 1.JPG

Dans les derniers escarpements de la rude montée au Col de Côte-Longue.

 

45 minutes plus tard, la voici enfin qui arrive ; elle est crispée, tendue, comme en colère... Je lui propose simplement un café qu'elle accepte sans sourciller.

j'attends de longues minutes qu'elle ait un peu récupéré avant de l'interroger sur sa capacité à poursuivre l'ascension. Je m'attends à un refus car elle semble vraiment exaspérée par toutes ces longues heures d'effort intense. Mais contre toute attente, après m'avoir demandé quelle dénivelée nous faudra-t-il encore grimper avant d'arriver au sommet, elle accepte de s'y rendre. Il reste pourtant encore 500 m de D+ sur un terrain bien raide et surtout non tracé...

 

Col de Côte-Longue - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07.JPG

 

Au fond de moi, la réponse de Muriel m'a rassuré car c'eut été très dommage de ne pas réaliser l'ascension du Vieux Chaillol tandis même que nous nous apprêtions à en boucler la Haute-Route. Mais je savais aussi que c'était un défi qu'elle se lançait et que, si elle avait eu moins de fierté, elle aurait arrêté sa course à ce stade.

 

Le Col de Côte Longue vu depuis la descente vers le Col de la Pisse - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07.JPG

Le Col de Côte-Longue et son désert de pierre...

 

Rassérénés par le café et surtout par une longue pause, nous sommes ensuite repartis pour rejoindre la Cabane des Parisiens, toute proche.

Ici, le sentier longe l'ancien Canal de Malcros, un ouvrage titanesque bâti et longtemps entretenu par les hommes de Saint-Bonnet et des hameaux environnants. Creusé vers la moitié du XIXème siècle, il permettait alors à l'eau issue du glacier de Malcros de descendre irriguer les basses-terres tout au long de la saison sèche (cf :  //www.canaldemalcros.com/).

 

Ancien canal de Malcros (partie intermédiaire) - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07.JPG

 

Ancien canal de Malcros (partie supérieure) - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07.JPG

 

En montant au Vieux Chaillol vue sur ce qu'il reste aujourd'hui du Glacier de Malcros - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07.JPG

Le dernier vestige du Glacier de Malcros...

 

Aujourd'hui, le canal apparaît par intermittence mais il est désespérément sec ; le glacier de Malcros s'est réduit à un maigre névé et plus aucune eau ne part arroser les prairies du Champsaur, 1200 mètres plus bas...

Nous posons de nouveau nos sacs à la Cabane des Parisiens. Elle aussi vestige d'une époque révolue, elle permettait de déposer les outils nécessaires à l'entretien du canal d'une saison chaude à l'autre. Récemment retapée et aménagée pour l'accueil de randonneurs, elle est aujourd'hui un lieu paisible où il fait bon se reposer. Le travail de restauration est remarquable. Par le passé, j'avais connu cette cabane pleine d'immondices laissés là par des visiteurs bien peu scrupuleux...

 

La Cabane des Parisiens depuis la descente du Vieux Chaillol - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07 - 2.JPG

La Cabane des Parisiens, toute en lauzes taillées.

 

Nous faisons une dernière halte ici avant d'attaquer la dernière partie de l'ascension qui nous conduira à 3163 mètres, au sommet du Vieux Chaillol, point culminant de cette fantastique Haute-Route.

Muriel va mieux ; elle a repris des couleurs. Malgré le soleil, il commence à faire plutôt frais et je préconise qu'on ne tarde pas trop à reprendre la marche...

C'est donc reparti pour une ultime bavante, la dernière montée avant une très longue descente vers le monde des hommes... Mais pour l'instant, il nous faut avancer dans un océan de rocaille aux tons bruns, rouille et orangés. Il n'y a pas de sentier, seulement des cairns, et surtout la direction approximative du sommet que l'on devine tout du long sans jamais l'apercevoir ! En un peu plus d'une heure trente, je l'atteins enfin. Muriel suit lentement mais régulièrement !

 

Le Col de Riou Beyrou la Cabane des Parisiens et le Tourond depuis la descente du Vieux Chaillol - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07 - 2.JPG

Dans le premier tiers de l'ascension terminale du Vieux Chaillol, une vue sur la Cabane des Parisiens et sur le Pic du Tourond, en arrière plan.

 

Dans l'attente de la retrouver, je pose mon sac, sors mon appareil photo et commence à réaliser une série de panoramiques de toute beauté ; il faut dire qu'il n'y a pas un nuage et que le ciel est d'un bleu magnifique !

 

Méga panoramique depuis le sommet du Vieux Chaillol n°8.jpg

 

La Meije depuis le Vieux Chaillol - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07 - 2.JPG

La Meije, versant sud, vue depuis le sommet du Vieux Chaillol (3163m).

 

L'Ailefroide depuis le Vieux Chaillol - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07.JPG

L'Ailefroide, vue depuis le sommet du Vieux Chaillol (3163m).

 

L'autre sommet du Vieux Chaillol - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07.JPG

Le "vrai sommet" ou sommet oriental du Vieux Chaillol (3163m).

 

Mentalement, je me récite le nom de tous les sommets que je vois ; d'ici, peu manquent à l'appel ! 

Muriel arrive, épuisée mais heureuse d'avoir réussi cette très longue ascension depuis le refuge. Je la félicite.

Nous restons presque une heure au sommet, à savourer l'instant présent, à emmagasiner le plus d'images possibles du fantastique paysage qui s'offre à nous.

A 15h25, après nous être restaurés de nos dernières provisions, nous commençons la très longue descente vers Molines. 

La fatigue est là, perturbante et source de maladresses ; il faut redoubler de vigilance pour ne pas trébucher parmi les roches. 

Après avoir rejoint la Cabane des parisiens, nous longeons de nouveau le Canal de Malcros pour retrouver le Col de Côte-Longue ; là, nous cessons de suivre l'itinéraire pris à l'aller pour lui préférer celui du Col de la Pisse.

La descente est interminable. Les sacs à dos, pourtant plus légers que les deux jours précédents, semblent peser des tonnes. Nos pieds sont douloureux, échauffés par tant de contraintes.

 

Muriel et le Vieux Chaillol - Descente vers le Col de la Pisse - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07.JPG

Dans la longue descente, entre le col de Côte-Longue et celui de la Pisse.

 

Nous arrivons au Col de la Pisse, situé 800 mètres plus bas que le sommet et je propose une pause à Muriel ; elle est totalement HS, réellement épuisée par tous les efforts fournis depuis le départ de notre périple. Même moi, qui suis bien plus entraîné, je dois avouer que je commence à être vraiment très fatigué en ce milieu d'après-midi. Il reste pourtant 1100m de D- et environ 10 km de distance linéaire à parcourir...

En empruntant le sentier du Vaccivier, je sais que la trace sera parfaitement marquée jusqu'à Molines. Par de larges lacets au travers des alpages, l'itinéraire descend régulièrement. Je m'arrête souvent pour attendre ma sœur. Elle ne parle plus, a perdu le sourire depuis longtemps déjà et se concentre sur chacun de ses pas. Je ne peux rien faire pour elle et m'abstiens de tout commentaire superflu.

Nous passons le replat des ruines de la cabane du Vaccivier et continuons à descendre par un magnifique sentier à flanc de coteau.

 

En descendant vers le Vaccivier - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07.JPG

En descendant vers le Vaccivier, avec la Pointe de Lingoustier et le Queyrel en face.

 

Etrange mégalithe - Cabane du Vaccivier - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07.JPG

Un bien curieux monolithe, du côté du replat du Vaccivier.

 

Soudain, la trace s'amenuise tandis que l'itinéraire vient s'adosser à une haute falaise. Le passage, long d'une quinzaine de mètres, est vertigineux et le sentier n'est guère plus large ici que de la place des deux pieds joints... Je me retourne vers Muriel et lis de l'effroi dans ses yeux.

J'ai beau observer le terrain, il n'y a guère d'autre choix que de franchir ce mauvais pas ; c'est un sentier balisé et fréquenté et je m'étonne de le trouver en cet état. Sans doute s'est-il récemment érodé ou éboulé ? Une chose est sûre, nous devons passer par là. 

J'essaye de rassurer Muriel mais elle n'a aucunement l'intention de suivre cette étroite corniche qui domine 30 mètres de vide. Je m'avance donc seul, sans le sac à dos une première fois pour voir si c'est aussi engagé qu'il y paraît... Effectivement, un seul pied qui glisse et c'est la chute assurée, avec aucune possibilité de se rattraper. 

 

IMG_2866.JPG

Le fameux passage, vu depuis le Pic Queyrel, lors d'une autre sortie...

 

Quinze mètres plus loin, je reviens doucement sur mes pas ; il faut rester concentré et marcher doucement. Je récupère mon sac à dos et traverse à nouveau, lentement, face à la paroi. Il n'y a que peu de prises pour les mains... Je dépose mon fardeau et traverse de nouveau pour aller chercher le sac de ma sœur puis revient au point de départ. Il me faut à présent persuader Muriel qu'elle peut le faire.

Il me faudra 5 bonnes minutes pour qu'elle admette l'idée de s'avancer sur la saillie rocheuse. je lui parle, la rassure et l'empêche de regarder en bas. Sa main dans la mienne, nous progressons très lentement, en crabe, et les quinze mètres de corniche me paraissent encore plus longs cette fois-ci !

Enfin, nous prenons pied au bout du mauvais passage et je peux lâcher Muriel. Une pause s'impose sur le premier replat rencontré.

La suite ne sera qu'une éternelle suite de pas. Nous sommes éreintés et malgré la beauté des paysages traversés, nous n'apprécions plus grand chose. Seul compte le moment où, enfin, nous n'aurons plus à marcher. 

 

Ruines du hameau du Roy - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07.JPG

Les ruines du Hameau du Roy, au fond du Torrent de La Muande. 

 

A partir du Clot Tartaou et jusqu'à Molines, le sentier laisse place à une piste. Rien n'est plus monotone qu'une piste, surtout lorsqu'elle est linéaire et sans surprise. Nous aurions dû rentrer par le sentier en balcon qui arrive à la cabane de Londonnière... 

En suivant le fond de vallée et le torrent de La Muande, nous nous sommes condamnés à une longue et pénible marche sans saveur. Le seul intérêt de cette progression fastidieuse aura été la découverte de campanules à fleurs blanches poussant le long de l'interminable piste...

 

Campanula trachelium [forme blanche](Campanulacées) - Hameau du Roy - Haute route du Vieux Chaillol - 27.07.07 - 3.JPG

Campanule de Bologne (Campanula bologniensis) à fleurs blanches.

 

Enfin, à 18h30, nous rejoignons ma voiture. Nos corps sont las, nos esprits noyés de fatigue... Je suis heureux pourtant... Heureux d'avoir terminé ce très long périple mais aussi heureux de l'avoir fait, tout simplement. 

En m'installant au volant, je réalise peu à peu quelle aura été l'ampleur de la tâche, la force qu'il nous aura fallu trouver pour boucler ce tour grandiose, le courage dont aura su faire preuve Muriel. A présent, elle et moi pourrons évoquer ces trois journées le cœur et l'âme pleins de souvenirs...

 

Épilogue :

 

Nous avions parcouru 48 km de sentiers de montagne, plus ou moins marqués et parfois absents, gravi plus de 5100 mètres de dénivelée positive en seulement 3 jours, passé deux très hauts cols et atteint un grand sommet des Écrins. C'était en soi un petit exploit...

Mais le temps aura passé depuis cet été 2007 et, comme cela le fut presque toujours, ma sœur et moi nous sommes de nouveau éloignés. Nous n'avons jamais plus eu l'occasion de reparler de cette belle aventure partagée. Je l'ai classée dans l'immense rubrique des instants de mon temps passé, dans un coffre de plomb dont moi seul ait la clé. 

Seule la montagne s'est souvenue un temps de ce frère, de cette sœur, qui ont un jour essayé de se rapprocher, de se retrouver, et dont les mots, les regards ont fondus comme les neiges de mai.

Puis la montagne a oublié. Un nouveau printemps, puis un été, puis de longues saisons sont venues s'installer autour du Vieux Chaillol. Qu'importe là-haut la vie éphémère des hommes ? Qu'importe leurs insignifiantes querelles et leurs discordes ? 

Nous ne sommes que de frêles silhouettes agitées cherchant à décrocher des étoiles en plein jour et la montagne se moque bien de nos vains efforts...

 

Silene armeria (Caryophyllacées) - Vallon de Peyron-Roux Molines en Ch. - 25.07.07 - 2.JPG

Silène à bouquets (Silene armeria).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



27/01/2016
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