Au fil des roues, au gré des pas...

Au fil des roues, au gré des pas...

Voyage botanique entre Fournel et Boscodon

Cela fait quelques mois que je n'ai rien posté ici.

Non pas que je n'ai pas roulé, marché, crapahuté de ci de là mais je n'avais rien vécu et/ou vu  d'extraordinaire jusque-là...

 

Mais en ces 12 et 13 juin derniers, j'ai eu la chance de faire quelques rencontres heureuses.

Non pas celles de belles jeunes filles éperdues et éplorées mais plutôt celles d'espèces botaniques non seulement rares mais aussi magnifiques.

 

Tout a commencé par une première journée passée dans le splendide Vallon du Fournel, suspendu au-dessus de L'Argentière la Bessée, dans l'est du département des Hautes Alpes.

 

Seule ombre au tableau, la météo : Il vient de neiger toute la nuit précédente jusqu'à 1800m d'altitude et partout ailleurs, c'est la pluie et la grisaille... Pas génial pour photographier des plantes !!

 

 

C'est encore mon beau-frère qui m'accompagne aujourd'hui ; il faut dire qu'il se pose là en tant qu'expert, tout autant en botanique qu'en papillons et le Fournel est un haut-lieu d'observation de la flore alpine et des lépidoptères...

Nous sommes équipés de nos Réflex, des objos appropriés et de batteries de rechange. C'est sûr que par ici, nous allons faire cramer les cartes mémoires !!!!!!!!!!

 

Arrivés sur place à 9h45 (je suis debout depuis 4h15 du matin !!), il pleut ! Le plafond est bas mais parfois, quelques trouées de ciel bleu déchirent le voile blafard qui nous domine. La météo annonce du mieux pour l'après-midi...

 

Une fois la voiture stationnée, nous partons à pied sur une bonne piste détrempée, vêtus de nos vestes de montagne, comme si nous partions pour un grand sommet !

Ca et là, des fleurs mouillées attirent nos regards et nous faisons quelques détours par les prairies pour chercher des espèces rares. A ce jeu-là, en quelques minutes, nous finissons par avoir les pieds complètement trempés, ce qui enlève bien vite toute gaieté à la balade !

 

Pourtant, après avoir marché ainsi plus de 30mn, nous arrivons enfin sur la première station d'une fleur très rare, très recherchée des botanistes : Le Dracocéphale d'Autriche ou Dracocephalum austriacum. L'endroit où cette espèce a choisi de pousser est si "loin de tout" qu'elle aurait dû à jamais échapper aux regards et pourtant, l'opiniâtreté des botanistes du XIXe siècle a payé puisqu'ils l'ont découverte en ces lieux, sur des balcons suspendus au-dessus du vide...

 

 

Dans le même temps où je les découvre, le soleil fait ses premières apparitions. Les Dracocéphales sont des plantes aux fleurs énormes, d'un splendide bleu violacé, immanquables dès lors qu'on les approche...

 

 

L'appareil photo shoote en rafales ; nous sommes là au bon moment et la floraison est à son comble.

 

 

A droite, à gauche, on trouve là quelques lys orangés, l'une des plus belles fleurs des Alpes. Leur couleur est si lumineuse qu'il faut éviter le plein soleil pour les photographier !!

 

 

Le mauvais temps se lève au fur et à mesure que nous prospectons la première station et les couleurs de toutes les fleurs locales explosent de mille feux ! Les premiers papillons, aux ailes tout juste sèches, se mettent enfin à voler.

 

Ce sera l'occasion de voir ici un papillon très rare, le Semi-Appolon ou Parnassius mnemosyne. Ce lépidoptère, dont la chenille se développe sur une plante peu commune (la Corydale), vit ici en assez grand groupe mais il suffit de changer de vallée pour ne plus en voir un seul. Ce qui est marrant, c'est qu'on en trouve une minuscule population dans le Var, plus précisément dans la chaîne de la Sainte-Baume !!

 

 

 

Nous quittons la première station de Dracocéphales pour une seconde, moins cachée (c'est relatif) mais beaucoup plus petite. Encore quelques clichés et nous retournons vers la voiture, les pieds trempés, le pantalon ruisselant d'eau alors même qu'il ne pleut plus depuis plus d'une heure !!

 

Chemin faisant, les fleurs rencontrées ont désormais séché et la plupart s'offrent sans pudeur à nos appareils photos. C'est ainsi que je réaliserai d'assez beaux clichés d'Orchis globuleux (Traunsteinera globosa), de Lis de Saint-Bruno (Pancracium illyrium), d' Oeillets de Dieux (Silene Flos-Jovis) et j'en passe...

 

Orchis globuleux

 

Lis de Saint-Bruno

 

Oeillet de Dieux

 

Avec beaucoup d'émotion, je contemple enfin mes premiers Chardons Bleus des Alpes (Eryngium alpinum), sauvages. j'en avais déjà vu quelques-uns cultivés mais de les voir ainsi, en grand nombre, au coeur des prairies alpines, ça fait quelque chose !!

Hélas pour moi, c'est encore un peu tôt dans la saison et les fameux chardons bleus sont pour le moment... verts !!! Il faudra encore une quinzaine de jours pour que la fleur tourne entièrement au bleu-violacé qui la caractérise.

 

 

En prospectant un peu plus loin, je découvre un Lis orangé spectaculaire ; en effet, l'extrémité de ses pétales orange est d'un rouge velouté... Une splendeur !

 

 

Il est finalement 13h lorsque, trop affamés de nourritures terrestres, nous nous décidons à déposer les Réflex et à déjeuner dans l'herbe. La prairie alpine qui nous entoure brille de mille feux, toute lavée de pluie et à présent baignée d'un soleil bien chaud...

 

Le repas terminé, nous reprenons la voiture pour rejoindre la Réserve Naturelle des Deslioures, tout au fond du vallon, par une large piste relativement carrossable.

Le paysage est superbe et, tandis que nous grimpons en altitude, nous constatons la présence de la neige sur l'intégralité des hauts versants qui nous dominent. D'ailleurs, malgré le soleil, les températures sont relativement fraiches.

 

 

La Réserve des Deslioures a été créee pour protéger principalement le Chardon bleu des Alpes de la cupidité des hommes. En effet, pendant longtemps, les paysans du coin cueillaient en abondance cette fleur sublime et en faisaient de beaux bouquets qu'ils vendaient à prix d'or sur les marchés de Gap, Briançon, Sisteron et d'ailleurs... Ceci et la récolte faite par les touristes de passage au début de chaque saison estivale a failli éradiquer définitivement l'espèce !

Aujourd'hui, le Chardon bleu est une espèce protégée par de nombreux textes de loi.

 

 

Aux Deslioures, hélas, nous sommes encore plus hauts que là où j'ai vu les premiers spécimens ce matin. De fait, là aussi, les fleurs sont encore vertes. C'est dommage car il y en a des milliers et je n'ose imaginer ce que ce doit être lorsque cette immensité se pare d'un magnifique drap de bleu violet qui ondule dans la brise...

 

Malgré la saison, il y a beaucoup de choses à voir dans cette réserve naturelle. Nous y photographions d'autres plantes, tel l'étrange Pigamon (Thalictrum aquilegifolium), une Renonculacée dont les fleurs ressemblent à de minuscules feux d'artifice...

 

Pigamon

 

Ou encore la Parisette à quatre feuilles (Paris quadrifolia), à la fleur si exotique !

 

Parisette

 

Et enfin, le magnifique Oeillet à delta (Dianthus deltoides)

 

Oeillet à delta

 

A 16h30, nous quittons les Deslioures pour redescendre dans la vallée. Sur la piste, nous croiserons Maître Goupil, un beau renard à la fourrure sombre, qui s'enfuit dans la forêt sans se soucier de nous !

Plus bas, Olivier (mon beau-frère) me propose d'aller chercher des Alexanors. Il s'agit d'un splendide papillon très rare qu'il a déjà eu la chance de croiser sur un adret ensoleillé du Fournel. Pourquoi pas ??

Nous nous rendons donc sur cet adret et cherchons longuement les Alexanor. Hélas, il faut se rendre à l'évidence, aucun ne vole en cette belle fin d'après-midi ; nous ne "cocherons" pas cette très belle espèce aujourd'hui !!

 

Retour à la voiture et direction Embrun pour rejoindre ensuite le Bois de Boscodon.

 

Olivier et moi sommes déjà venus plusieurs fois sur le secteur de Boscodon-Morgon. Il s'agit d'une immense forêt, entretenue depuis des siècles par les moines de l'Abbaye de Boscodon, une forêt qui n'a jamais brûlé, qui n'a fait l'objet d'aucune déforestation pastorale, bref, une authentique "vieille" forêt !!

Et c'est l'une des raisons pour laquelle on trouve ici quantité de fleurs rares et en grand nombre !

Toutefois, la forêt est immense et il faut savoir où chercher !!

 

Ce soir, losrque nous arrivons sur le petit parking de la Fontaine de l'Ours, la lumière est trop faible pour songer à faire des photos.

 

Pour le moment, il faut ramasser du bois, faire un bon feu et installer la tente.

 

 

Une heure plus tard, seul le feu pose encore problème ; le bois est détrempé par les pluies de la matinée et il ne faut pas quitter le foyer des yeux si nous ne voulons pas perdre le bénéfice de nos efforts ! Surtout qu'il nous faut une bonne braise car ce soir, les côtelettes sont au programme !!

 

 

 La soirée sera bien cool avec au programme : Heineken, despés, chips, saucisson, cacahuètes pour l'apéro puis viande grillée, fromage et dessert... Le tout avec le concours musical de quelques rossignols qui laisseront leur place un peu plus tard aux chouettes...

 

 

Et la nuit s'en est venue avec son manteau de velours noir.

Seul le feu rougeoyait dans son âtre de pierre.

Le sommeil est venu, doucement, semant ses rêves...

 

 

Mercredi 13 juin, second jour.

 

Au lever, c'est un ciel magnifiquement azuré qui nous attend ; il n'y a pas un seul nuage à l'horizon (enfin, à l'horizon de notre petit bout de vue sur la vallée car partout ailleurs, ce sont les arbres qui cachent la vue !!).

 

 

le petit déjeuner est bien vite pris. Il fait frais mais pas assez pour avoir froid.

 

A 8h00 tapantes, nous sommes prêts et nous commençons à arpenter le Sentier des Pyramides (on l'appelle ainsi car il abrite de nombreuses aiguilles de cargneule, une roche peu solide qui résiste mal à l'érosion).

 

 

A l'inverse du Fournel, ici, nous rencontrerons somme toute assez peu d'espèces botaniques (et encore moins de papillons !) mais nous savons par avance ce que nous allons voir ou plutôt revoir...

 

La première heure, nous cheminons surtout à l'ombre. Ce n'est pas qu'il n'y a rien à photographier mais la lumière n'est pas au rendez-vous et les clichés seraient mauvais. Nous poursuivons donc notre chemin tout en discutant... botanique bien sûr !!

 

Enfin, une fois franchi le torrent à gué, nous basculons sur un versant est bien ensoleillé. Le sentier monte sérieusement jusqu'à rejoindre les premières aiguilles de cargneule qui donnent à ce vallon son aspect ruiniforme.

 

 

Et en haut de cette première longue ascension, sur un replat bien exposé, apparaît la première merveille de ce secteur : Le très célèbre Sabot-de-Venus (Cypripedium calceolus), la plus grosse fleur d'orchidées de France. Il y en a plusieurs pieds, très bien éclairés et nous restons là près de 30 minutes, à les photographier sous toutes les coutures !!!

 

 

 

Tout comme le Chardon Bleu des Alpes, le Sabot-de-Venus a bien failli disparaître des Alpes françaises pour les mêmes raisons que son congénère. Les anciens disent que jadis, cette splendide orchidée poussait un peu partout en moyenne montagne... Aujourd'hui, il n'en reste plus que quelques stations ici et là en France mais l'espèce reste très menacée...

 

Nous revenons ensuite sur nos pas pour retraverser le torrent et explorer le grand thalweg que ses crues passées a ouvert. Il y a là la très délicate Grassette des Alpes (Pinguicula alpina), plante carnivore (!!) qui affectionne énormément les bords de ruisseaux et les sources.

 

 

Puis, après avoir photographié encore des dizaines de pieds de Sabot-de-Vénus, j'entreprends de rechercher une autre orchidée, extrêmement rare celle-là... la Listère cordée (Listera cordata).

La rechercher, c'est comme essayer de trouver une aiguille de sapin dans l'immensité d'un melezin !

La Listere cordée, c'est une plante haute de 2 à 5 cm, aux couleurs du sous bois !!!

Et pourtant, après plus de deux heures de recherche, je vais enfin finir par en découvrir une !! puis une seconde !!!

C'est toujours un moment magique cette première rencontre avec une nouvelle espèce encore jamais vue...

 

 

 

J'appelle Olivier, on fait une myriade de photos de cette minuscule chose (avec un minimum de lumière puisqu'elle a choisi de pousser dans une relative obscurité) et on se congatule de l'avoir trouvée, de l'avoir vue !

 

Les dernières heures de ce périple forestier, nous les passerons autour de la troisième orchidée très rare de ces bois, la Racine de Corail (Corallorhiza trifida). Cette orchidée, très fine et aux fleurs très délicates, est, malgré sa petite taille, l'une de celle qui fait le plus penser aux orchidées tropicales.

Pour celle-là aussi, les conditions d'éclairage sont toujours très complexes et il faut beaucoup de patience et de pratique pour obtenir quelques beaux clichés !

 

 

 

Par chance, nous découvrons un vaste tapis de mousse où de nombreuses Racines de corail ont élu domicile. Nous continuons bien volontiers notre chasse photographique et, au hasard, d'une prise de vue, je tombe nez à nez avec une minuscule Listère cordée, la troisième de la journée !!

Au terme de nos recherche, nous en trouverons trois autres, ce qui portera à 6 le nombre de plants rencontrés !

 

C'est donc l'esprit joyeux et la carte mémoire bien remplie que nous rebroussons chemin jusqu'à la Fontaine de l'Ours, tous deux très satisfaits de nos rencontres, de nos surprises et de ces deux magnifiques journées...

 

Quelques autres fleurs rencontrées :

 

Clématite alpine (Clematis alpina)

 

 Dryade à huit pétales (Dryas octopetala)

 

 Muguet (Convallaria majalis)

 

Futures myrtilles !!

 

Violette à deux fleurs (Viola biflora)

 

La très étrange Pyrole à une fleur (Moneses uniflora)

 

Silene dioïque (Silene dioica)

 

Et pour le plaisir des yeux :

 

 

 



21/06/2012
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